Le modèle des cinq sens: VAKOG
Si vous vous promenez un jour dans les salles du musée de Cluny à Paris, vous pourriez faire une rencontre inattendue : celle d’une dame élégante entourée d’animaux symboliques, dont une licorne et un lion, évoluant dans un décor de fleurs et de végétation foisonnante. Ces scènes composent l’une des œuvres les plus célèbres de l’art médiéval : la série de tapisseries appelée La Dame à la licorne.
À première vue, ces tentures du tournant du XVIe siècle semblent appartenir à un univers très éloigné de nos préoccupations contemporaines. Pourtant, si l’on les observe attentivement, elles racontent une histoire étonnamment proche d’un concept pédagogique moderne : le modèle des cinq sens que l’on retrouve dans l’acronyme VAKOG, notamment enseigné dans le cadre de la formation de Praticien en hypnothérapie par l’Ecole de Formation Professionnelle en hypnose du Québec.
Le terme VAKOG désigne en effet cinq canaux sensoriels à travers lesquels les êtres humains perçoivent et interprètent le monde : le visuel, l’auditif, le kinesthésique, l’olfactif et le gustatif.
Cette idée est souvent utilisée dans des contextes pédagogiques ou dans certaines approches de communication pour rappeler que l’apprentissage et la compréhension passent par nos sens. Certaines personnes retiennent plus facilement une information lorsqu’elles la voient sous forme de schéma ou d’image ; d’autres lorsqu’elles l’entendent expliquée à voix haute ; d’autres encore lorsqu’elles peuvent manipuler un objet, expérimenter ou ressentir physiquement ce qu’elles apprennent.
Dans cette perspective, les sens deviennent des portes d’entrée vers la connaissance, des filtres par lesquels nous construisons notre relation au monde.
Or, bien avant que les pédagogues contemporains ne formulent ce type de modèle, les artistes médiévaux avaient déjà compris l’importance de cette dimension sensorielle de l’expérience humaine. La série de tapisseries de La Dame à la licorne, réalisée vers 1500 probablement pour un riche commanditaire français, en offre une illustration fascinante.
L’ensemble comprend six pièces monumentales. Cinq d’entre elles représentent chacune un sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. La sixième, plus mystérieuse, porte l’inscription « À mon seul désir », et son interprétation continue d’alimenter les débats des historiens de l’art.
Dans chacune des tapisseries consacrées aux sens, la dame apparaît au centre d’une scène élégante et symbolique. Dans celle qui représente la vue, elle tient un miroir dans lequel la licorne semble contempler son propre reflet. La scène évoque immédiatement l’acte de regarder et d’être regardé, soulignant l’importance du regard dans la perception du monde.
Dans la tapisserie dédiée à l’ouïe, la dame joue d’un orgue portatif tandis que sa suivante actionne les soufflets de l’instrument : la musique devient ici la métaphore évidente de l’expérience auditive. Une autre scène montre la dame tressant une couronne de fleurs, geste délicat qui renvoie au parfum et donc à l’odorat.

Dans celle consacrée au goût, elle offre une friandise à un petit oiseau posé sur sa main, évoquant le plaisir gustatif. Enfin, dans la tapisserie représentant le toucher (kinestésie), elle tient la corne de la licorne, établissant un contact direct avec l’animal mythique.
Pour un spectateur contemporain, la correspondance avec les cinq sens semble évidente. Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est que ces scènes fonctionnent presque comme une forme de pédagogie visuelle avant l’heure.
Au Moyen Âge, l’image joue un rôle fondamental dans la transmission des idées. Dans une société où l’accès aux textes n’est pas généralisé, les œuvres d’art deviennent des supports de compréhension et de réflexion. Les tapisseries, en particulier, constituent de véritables médias : elles décorent les espaces de vie tout en racontant des histoires et en transmettant des symboles.
La série de La Dame à la licorne montre ainsi comment les artistes pouvaient traduire des concepts abstraits – ici les sens humains – en scènes concrètes et immédiatement compréhensibles. Un miroir suggère la vue, un instrument de musique évoque l’ouïe, des fleurs évoquent l’odorat. Ce langage visuel est d’une efficacité remarquable.
En observant ces images, le spectateur comprend intuitivement l’idée que notre relation au monde passe par l’intermédiaire de nos sens. D’une certaine manière, les lissiers du XVe siècle proposaient déjà une représentation multisensorielle de l’expérience humaine, très proche de ce que les pédagogues modernes cherchent à mettre en œuvre lorsqu’ils parlent d’apprentissage visuel, auditif ou kinesthésique.
La comparaison entre les tapisseries et le modèle VAKOG devient alors particulièrement éclairante. La vue correspond naturellement au canal visuel, l’ouïe au canal auditif, l’odorat et le goût aux dimensions olfactive et gustative. Quant au toucher, il se rapproche de ce que les approches contemporaines regroupent sous le terme kinesthésique, qui inclut les sensations corporelles, le mouvement et le contact physique. Les mots ont changé, mais l’idée fondamentale demeure : l’expérience humaine est profondément sensorielle.
Reste cependant la sixième tapisserie, celle qui porte la célèbre devise « À mon seul désir ». Dans cette scène, la dame se tient devant une tente richement décorée et semble déposer ou reprendre un collier dans un coffret tenu par sa suivante. Contrairement aux autres pièces de la série, l’action ne renvoie pas clairement à l’un des cinq sens. Depuis plus d’un siècle, les historiens de l’art tentent d’en comprendre la signification. Certains y voient une allégorie de l’amour courtois, d’autres une représentation du libre arbitre ou de la maîtrise des passions.
Si l’on se permet un parallèle avec les modèles contemporains de la perception, on pourrait interpréter cette scène comme une sorte de réflexion sur les sens eux-mêmes. Après avoir exploré les différentes manières de percevoir le monde – voir, entendre, sentir, goûter et toucher – la série se conclurait par une forme de prise de distance : la capacité de choisir ce que l’on fait de ces perceptions. Dans cette lecture, « À mon seul désir » représenterait la dimension consciente de l’expérience humaine, la faculté de décider, de préférer ou de renoncer. Autrement dit, non plus seulement sentir le monde, mais réfléchir à la manière dont on le ressent.
Cette interprétation n’est bien sûr qu’une hypothèse parmi d’autres, mais elle montre combien ces tapisseries peuvent encore dialoguer avec des idées contemporaines. Ce qui frappe surtout, c’est la permanence de certaines intuitions sur la nature humaine. Les pédagogues d’aujourd’hui utilisent des acronymes et des modèles théoriques pour expliquer comment les individus apprennent et communiquent. Les artistes médiévaux, eux, utilisaient des images, des symboles et des animaux fantastiques. Pourtant, derrière ces formes différentes se trouve une même observation : pour comprendre le monde, l’être humain mobilise ses sens.
La visite des tapisseries de La Dame à la licorne peut alors prendre une dimension presque ludique. On pourrait imaginer que chaque pièce représente une sorte de leçon sensorielle. La dame deviendrait une sorte de guide dans un parcours d’apprentissage : regarder, écouter, sentir, goûter, toucher. Et la licorne, créature mystérieuse et fascinante, accompagnerait ce voyage comme un symbole de curiosité et d’émerveillement.
Ainsi, entre une tenture médiévale tissée il y a plus de cinq siècles et un modèle pédagogique utilisé dans certaines formations contemporaines telles que celle de l’EFPHQ, un fil inattendu se dessine.
Il rappelle que la compréhension du monde n’est jamais purement abstraite : elle passe toujours par l’expérience sensible. Les images du Moyen Âge et les théories pédagogiques modernes nous disent finalement la même chose, chacune à leur manière.
Pour apprendre, pour comprendre et pour se souvenir, il faut d’abord percevoir. Et percevoir, c’est mobiliser ce merveilleux ensemble d’outils que sont nos sens.
En observant la dame, la licorne et les mille fleurs qui peuplent ces tapisseries, on se rend compte que cette leçon sensorielle n’a rien perdu de sa pertinence. Elle traverse les siècles avec une élégance tranquille, comme si l’art médiéval et la pédagogie contemporaine s’étaient donné rendez-vous autour d’une idée simple : le monde se découvre avec les yeux, les oreilles, les mains, le nez et la bouche… mais aussi avec le désir de comprendre ce que l’on ressent.
Si vous désirez en savoir davantage sur les formations en hypnothérapie proposées par l’Ecole de Formation Professionnelle en Hypnose du Québec n’hésitez pas à consulter notre site efphq.com, à nous contacter à secretariat@efphq.com ou à appeler le 514 374 0364
Christophe PILAIRE
Relations Extérieures
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